Intervention de Claude Bartolone.
M. le PRESIDENT.- Mesdames et Messieurs les députés, sénateurs, maires, conseillers régionaux, mesdames et messieurs les élus, mesdames et messieurs, chers collègues, avant de laisser la parole à Michel Teulet qui va présider cette séance en tant que doyen d'âge, je voudrais m'adresser à vous quelques instants.
D'abord pour vous dire merci. Merci de m'offrir encore une fois l'image de cette salle comble, même si elle ne l'est pas totalement aujourd'hui puisque notre collègue et ami Gilbert Roger, après nous avoir fait la frayeur de l'année, poursuit paisiblement sa convalescence. Nous espérons avoir le bonheur de le retrouver d'ici la fin de l'année. Christina qui est dans la salle saura être notre ambassadrice pour transmettre à Gilbert nos voeux collectifs de bon rétablissement. Merci d'être venus aussi nombreux, habitants, élus, militants associatifs, militants politiques dans cette salle des séances, une salle qui représente beaucoup pour vous comme pour moi, un lieu que nous avons vu ces quatre dernières années en particulier dans tous ses états, dans la sérénité de nos délibérations comme dans le bouillonnement de nos débats.
Mesdames et messieurs, parce que la politique est aussi faite de symboles, je crois en l'esprit de certains lieux. Je crois que certains lieux parlent :
<!--[if !supportLists]-->- <!--[endif]-->l'hémicycle de l'Assemblée nationale nous souffle à l'oreille le battement du coeur de la démocratie ;
<!--[if !supportLists]-->- <!--[endif]-->La place de la Bastille nous raconte le tumulte et le fracas de la conquête de la République ;
<!--[if !supportLists]-->- <!--[endif]-->La place de l'hôtel de Ville à Paris avec l'image du général de Gaulle nous parle de liberté ;
<!--[if !supportLists]-->- <!--[endif]-->La fenêtre de la mairie du Pré Saint Gervais avec Jaurès qui harangue la foule nous parle d'égalité ;
<!--[if !supportLists]-->- <!--[endif]-->Le parc de La Courneuve baptisé Georges Valbon sous cette présidence, dans une dizaine de jours, nous parlera de fraternité.
Eh bien, au moment où je cède ce fauteuil, si je devais résumer ma volonté durant ces quatre années, je ne vous dirai rien d'autre que cela : à chaque minute de ma présidence, je me suis efforcé de faire dire des choses à ce lieu. J’ai tout fait pour que cette salle parle.
J'ai d'abord voulu qu'elle se parle en son sein et elle s’est parlée. J'ai voulu que vive le débat démocratique et il a vécu, entre la majorité et l'opposition bien sûr.
La démocratie, mesdames et messieurs, ce ne peut être la guerre civile. La démocratie, ce ne sera jamais la guerre civile, du moins tant que nous prenons garde à respecter les convictions de chacun, à assumer les nôtres et à nous référer au seul juge de paix : le mandat que nous confie le peuple.
Oui, nous avons eu des débats et nous en aurons encore.
Oui, nous avons des différences et elles dureront tant que durera la démocratie.
Oui, nous nous affrontons régulièrement devant les électeurs et cela arrivera de nouveau. Oui, nous défendons des visions différentes du rôle de l'Etat, des politiques à prendre ou des valeurs à porter et c'est la richesse de la France que de nous donner ce choix.
Mais plus que tout, je me suis fait un honneur de subordonner ses saines différences au devoir de respect : respect dans le débat, respect dans l'écoute, respect dans la confrontation même. Chaque jour de ma présidence, j'ai tenu à ce que la qualité des rapports humains ne soit à aucun moment affectée par le clivage partisan. Jamais je n'ai conditionné ma chaleur humaine à la couleur politique de mon interlocuteur.
Mesdames et messieurs, j'ai voulu aussi que la majorité se parle. Et le moins que l'on puisse dire, c'est qu'elle s'est parlée, certes, dans des volumes sonores variables, certes, dans une unité parfois capricieuse, certes, dans une humeur quelquefois changeante, mais j'y étais préparé.
Lorsqu'on arrive après 40 ans de présidence communiste, et je veux saluer ici chacun de mes prédécesseurs, Georges Valbon, Jean-Louis Mons, Robert Clément, Hervé Bramy que je salue, on n'est pas forcément accueilli avec des roses. Cependant, à chaque fois, nous sommes sortis grandis de ce dialogue tonique, oserai-je dire de cet amour vache qui donnait le sentiment d'organiser les rapports entre les groupes de la majorité.
Oui, chaque fois, la compréhension des enjeux et la responsabilité qui est la nôtre ont pris le dessus sur les querelles historiques, les batailles locales et, disons-le, les sentiments personnels qui pouvaient traverser certains d'entre nous.
Je suis fier qu’en quatre ans, quelle qu’ait pu être la vigueur de nos débats, aucun des projets présentés par l'exécutif n'ait jamais été mis en minorité. Qu'on le veuille ou non, ces quatre dernières années, c'est un fait, la majorité Europe écologie des verts et front de gauche a fonctionné. J'en suis fier parce qu’au-dessus de tout, je nourris ici cette conviction que, sans rassemblement pas d’action et sans action pas de crédibilité pour le service public. Car la question de l'existence même du service public local a irrigué les quatre années que nous venons de vivre ensemble. Et c'est précisément pour répondre à cette préoccupation littéralement existentielle que j'ai souhaité que cette salle parle à l'extérieur, que vos voix portent au-delà, que nos idées passent les portes de cette enceinte et pèsent dans d'autres lieux où se joue notre avenir.
Le Département a fait entendre sa voix et voilà sans doute ma plus grande satisfaction. En quatre ans, nous avons posé, que dis-je, imposé le débat sur le devenir de la décentralisation et du service public. Nous avons été le premier département de France à adopter un budget de révolte pour faire prendre conscience aux Français du rôle des départements, de la détresse budgétaire du nôtre et de notre intention de ne pas subir.
Nous avons été le premier département de France à dénoncer le scandale de cette dérive du capitalisme financier que sont les emprunts toxiques passés aujourd'hui au rang de scandale financier international et qui, je l'espère, d'ici à la fin de l'année, trouvera une issue.
Nous avons été le premier département de France à alarmer l'opinion publique sur les menaces pesant sur la culture, sur la condition des mineurs isolés étrangers, sur la situation de la sécurité publique dans certains de nos quartiers.
Nous avons été le département qui a obtenu d'une région, et j’en remercie encore Jean-Paul Huchon et la majorité de gauche du conseil régional, un contrat de plan pris en charge à 60 % par la Région. Sans ce contrat de plan, nous n'avions pas de budget.
Nous avons été le département qui a obtenu, dans le cadre du projet du Grand Paris, que l'on prenne en compte ses retards et que l'on prépare son avenir.
En quatre ans, en votre nom, j'ai voulu que la Seine-Saint-Denis ait confiance en elle-même, qu'elle soit forte, qu'elle puisse se défendre toute seule. J'ai voulu qu'elle n'ait plus peur de personne, ni de l'Etat mauvais décentralisateur, ni de l'Etat mauvais payeur, ni des banques mauvaises conseillères.
Aujourd'hui, je vous le dis, nul ne pourra désormais compter sans la Seine-Saint-Denis. Mes chers collègues, mesdames et messieurs, j'ai consacré aussi ces quatre ans à faire en sorte que notre Assemblée se tourne vers les habitants, les entende, leur parle de leur vie quotidienne, leur dise sa volonté de la rendre plus simple, plus juste. C'est pourquoi j'ai banni certains mots de mon vocabulaire qui pouvaient donner le sentiment que nous étions un département miséreux, réduit à réclamer l'aumône et que j'ai fait le choix d'en prononcer d'autres et de les assumer.
Gestion : j'assume parce que les habitants n'attendent pas de nous des excuses mais des résultats et que rien n'est possible sans des finances saines, sans une gestion à l'euro près, sans un soin porté à la sobriété de nos dépenses. Je rends hommage à Philippe Yvin et à l'ensemble de ses collaborateurs qui ont fourni un travail colossal en ce sens.
Solidarité : j'assume. Tout a été orienté vers notre conviction que dans une société moderne, nul ne devait rester au bord du chemin. C'est le sens du micro crédit solidaire, des mesures en direction du grand âge et du handicap, de la pauvreté et de la solitude. C'est le sens aussi de nos actions exemplaires contre les violences faites aux femmes, actions reprises aujourd'hui au niveau national et je salue l'héritage de mes prédécesseurs dans ce domaine.
Expansion économique : j'assume. Nous avons besoin que les entreprises s'installent chez nous pour que l'emploi y ruisselle et que le département aille de l'avant.
Jeunesse : j'assume. C'est pour elle que nous avons mis en place un programme inédit d'accueil de la petite enfance et que nous avons atteint nos objectifs en seulement trois ans avec 3 500 places d'accueil. Pour elle aussi que nous avons investi comme jamais dans le projet éducatif, dépassant largement nos compétences obligatoires. Pour elle que nous avons ouvert l'horizon de nos collégiens avec Odyssée jeunes.
Ordre républicain : j'assume car sans sécurité, pas d'école attractive, pas d'entreprise qui s'installe, pas d'emploi qui se crée, pas de mixité urbaine et sociale. Au fond, sans sécurité, pas de liberté.
Investissement : j'assume. Nous avons fait tout ce que nous pouvions pour que coule le ciment, chauffe le goudron et se posent les rails. Je pense à ces investissements colossaux qui viennent quelquefois de loin dans les transports, dans les tramways, dans les lignes de métro. Je pense à la RN3, à l'Ourcq en mouvement qui nous ont permis de dessiner les courbes d'un département plus équilibré.
PPP : j'assume. Je suis même fier que nous ayons su résister à la tentation du conservatisme et que nous soyons allés au bout de notre idée. Rendez-vous compte, le prochain président du Conseil général de la Seine-Saint-Denis et l'ensemble des membres de ce Département auront à inaugurer 17 collèges d'ici à 2015.
Laïcité : j'assume. J'assume aussi d'avoir articulé ce principe intangible avec les besoins légitimes de nos concitoyens d'une confession ou d'une autre. Désormais en Seine-Saint-Denis, on peut fêter l’Aid el kebir dignement grâce à un abattoir mobile temporaire comme on fête Yom Kippour ou Pâques.
Bien sûr, nous n'avons pas tout réussi. Qui peut s'en prévaloir ? Mais je suis persuadé que les habitants nous reconnaissent des avancées et savent que nous nous sommes battus pour eux de toutes nos forces. Cela s’est senti dans les résultats des élections présidentielles et des élections législatives.
Mesdames et messieurs, au moment où je cède ce fauteuil de Président du département de Seine-Saint-Denis, vous devinez sans doute les sentiments contradictoires qui peuvent me traverser. À la fois l'honneur que m'ont fait mes pairs en m'élisant douzième président de l'Assemblée nationale le 26 juin 2012, faisant monter la Seine-Saint-Denis au perchoir...
...Et dans le même temps, le souci de ne pas vous échapper.
Parmi toutes les responsabilités que la vie m'a offertes et que les électeurs m'ont confiées, présider ce Département est sans doute celle qui a été la plus haletante par l'ampleur de la tâche, par la noblesse du défi, par l'amour de celles et ceux pour qui l'on se réveille le matin.
Certains pourraient dire qu'une parenthèse se ferme. Je ne crois pas aux histoires de boucle que l'on bouclerait. Je crois plutôt aux lignes de vie et je crois encore plus aujourd'hui au passage de témoin.
Dans quelques minutes, la Seine-Saint-Denis aura un nouveau président. Il m’est difficile de parler de lui car à cette heure-ci, je ne peux pas savoir de qui il s'agit.
Mais si jamais il s'avérait que le nouveau président était un jeune président, enfant de La Courneuve, fin connaisseur de questions de logement et de l'égalité territoriale, ayant passé quatre ans à mes côtés comme vice-président, je lui dirais : « Tu es l’homme qu'il faut à ce département. »
Je lui dirais aussi : « Ne copie jamais aucun des devanciers, assume ta filiation, mais trouve ta propre voie, ton propre style, tes propres mots. » Je lui dirais : « Tolère la critique, écoute les conseils, concerte, fais participer. Mais sache trancher. »
Je lui dirais : « Appuie-toi autant que possible sur notre administration, sur l'administration de cette maison, fais confiance à ses 8 000 agents. Ils ne sont pas simplement de bons professionnels. Ils sont les premiers ambassadeurs de notre action et, je l'espère, de notre réussite. »
Je lui dirais : « N'aie pas peur de transgresser les tabous lorsque c'est nécessaire. C'est toujours de là que jaillit le progrès. »
Je lui dirais : « la gestion comme fin en soi n’est finalement qu’une affaire d’expert-comptable, soumets là toujours à ta vision de ce que doit devenir ce Département dans les 30 ans qui viennent ».
Je lui dirais : « attention, ici aussi on peut vite se sentir haut perché. Assume d'être le premier d'entre nous mais reste à notre portée ».
Je lui dirais enfin si par hasard il devait se prénommer Stéphane : « Cher Stéphane, tu as toute ma confiance et je serai à tes côtés à la place qui sera la mienne, car mesdames, messieurs, chers collègues, la Seine-Saint-Denis est mon territoire d’attache et il le restera.
La Seine-Saint-Denis et le Département de mon engagement politique et il le restera.
À ma place, dans mon rôle, j'entends me tenir aux côtés des élus pour les combats à venir et ils sont nombreux. Le combat politique d'abord, celui qui consiste à inscrire le Département dans la dynamique de justice voulue par le Président de la République et mise en oeuvre par le Gouvernement.
Le combat institutionnel ensuite qui m’amènera à une vigilance intacte à l’égard de l'Etat, quant aux exigences portées par notre Département, je pense notamment aux moyens d'assurer nos missions de service public ; le combat industriel bien sûr avec une réaction et une action du Département qui doivent être fortes face aux situations difficiles que connaît ou que pourrait connaître demain la Seine-Saint-Denis, PSA et ses salariés chacun le mesure, mais aussi Sanofi, Air France et peut-être d'autres encore.
Le combat francilien enfin pour lequel nous devons convaincre que la péréquation à l'échelle de notre région est la seule issue possible pour assurer l’égalité territoriale et sortir la Seine Saint-Denis de l'ornière avec le soutien de l’Etat.
Aussi, mes chers collègues, aujourd'hui, je mets à jour le contrat qui me lie à vous et aux habitants de la Seine-Saint-Denis.
Président de l'Assemblée nationale, je reste des vôtres, nous avons encore beaucoup de travail...
Intervention de Pierre Laporte:
Mon cher Claude Bartolone, puisque tu as évoqué la franchise de nos échanges, je vais vous en faire la démonstration.
Que cette intervention fut difficile à écrire tant la situation est complexe et que l’espoir laisse un peu trop de place au doute.
Il fallait battre Sarkozy, ensemble nous l’avons fait. Vous aviez déclaré qu’il serait incompréhensible qu’aucun ministre ne soit issu de la Seine Saint Denis, vous voilà le quatrième personnage de l’Etat. Enfin vous aviez déclaré que le président de la République dès son élection devrait se pencher sur la situation de notre département, nous le souhaitons parce que nous réclamons justice.
Dans une interview au « Petit Parisien », pour faire un clin d’œil à Gilbert Roger, vous affirmez votre fierté d’avoir changé l’image de la Seine Saint Denis, certes vous y avez contribué mais vous n’êtes ni le premier ni le seul, oui la Seine Saint Denis a des capacités formidables par sa jeunesse, sa culture. Mais ces derniers jours encore sur des radios, pour parler des banlieues ou du métier à risque des enseignants on citait la Seine Saint Denis. On ne changera pas l’image sans changer la situation sociale des habitants de ce département.
Durant ces quatre ans nous avons dénoncé ensemble les transferts non compensés de l’Etat, 1,100 milliard d’Euros aujourd’hui. Les 36 millions d’Euros du ticket modérateur, le gel de la DGF, la contribution du 93 sur les DMTO, les refus de compensation pour la maison du handicap où vous avez été jusqu’au procès contre l’Etat et où nous avons gagné, même si le compte n’y est pas tout à fait. Et puis l’injustice de la charge sur le seul département des mineurs isolés.
Vous avez demandé lors du vote du dernier budget le remboursement de la dette. Les dégâts de la politique des précédents gouvernements seraient trop longs à citer.
Pour équilibrer le budget il a fallu augmenter les impôts de 16% en 4 ans. C'est-à-dire que le Conseil général a été amené à faire payer essentiellement aux familles et aux plus modestes les cadeaux qui étaient faits par le gouvernement de droite aux plus riches et à la spéculation financière car telle est l’injustice du recours à l’impôt local à la place de la solidarité nationale. La dette du département a atteint des sommets et pour construire des collèges vous avez décidé d’avoir recours aux PPP, que nous condamnons et nous assumons cette attitude.
Mais cela n’a pas suffi, des coupes sombres ont été faites dans les services aux habitants, notamment dans l'aide à la mobilité, suppression de l’aide aux jeunes sur la carte imagin’R et augmentation de la carte améthyste pour les anciens, suppression de l'aide à l’acquisition d’un ordinateur pour les collégiens entrant en 6ème et surtout en 2012 un gel des dotations aux collectivités en matière d’équipements, gel des effectifs dans des secteurs par exemple : la prévention spécialisée etc.
Pour 2013 comment allons nous construire le budget ? Comment le gouvernement va-t-il répondre aux exigences que vous formuliez en tant que président du Conseil général ? Bien sûr, il faut du temps, il faut voter des lois, il faut mettre en œuvre.
Bien entendu la situation de l’école va se stabiliser mais le compte d’enseignants n’y sera pas et l’attraction pour le métier est négative du fait de la faiblesse des salaires. Les emplois d’avenir vont aider de nombreux jeunes mais pourquoi faut-il considérer qu’être jeune est un handicap pour travailler et que cet emploi doit être financé ? Mais surtout quel avenir pour ce jeune à l'issu des contrats, alors que le chômage explose ?
Nous avons bien compris que parmi les solutions que vous proposez, vous souhaitez des péréquations entre collectivités pour financer les allocations de solidarité. Mais si elles sont, pour une part, nécessaires et justes, elles ne suffiront pas dans une période où le traité budgétaire Européen va appliquer la rigueur aux collectivités locales. Mais surtout parce que la solidarité nationale, c’est le moyen de faire contribuer les plus riches et la finance.
Notre inquiétude va surtout au traité Merkel Sarkozy que vous allez demander au parlement de voter, pour lequel il n’y a pas eu le changement d’une virgule, d’ailleurs la droite ne s’y trompe pas elle votera ce traité. Pourquoi avoir peur d’une consultation des Français ?
Sous la férule de la règle d’or, nous ne croyions pas que notre département aura autrement qu’à la marge des réponses à ses besoins. Les décisions budgétaires de la Nation seront sous contrôle de la commission de Bruxelles composée de personnalités non élues.
Grèce, Portugal, Espagne, Italie…. L’Europe qui était un espoir se transforme en cauchemar pour les peuples, il est urgent de refonder cette Europe. Les services publics sont désignés comme responsables, partout on privatise, on licencie des enseignants, des policiers, on détruit les systèmes sociaux.
Mais la crise des sub-primes, les salaires délirants des traders, les spéculations effrénées, ce ne sont pas les services publics qui en sont responsables mais la folie spéculative qui va jusqu’aux denrées alimentaires.
Citroën Aulnay est un exemple parmi beaucoup trop d’autres de ce monde fou où l’homme n’est plus placé au centre de toutes les décisions politiques et économiques car ce sont des pans entiers de l’industrie française qui disparaissent même quand ils sont rentables. C’est la logique absurde qui guide l’Europe et la détruit de plus en plus rapidement. Parce que la fermeture annoncée de PSA Aulnay aura des conséquences sur les salaires et les conditions de travail des autres sites. Parce que c’est en plein cœur des villes qui ont connu les révoltes urbaines que des milliers de familles risquent de connaître le chômage. Notre groupe luttera avec les salariés pour la continuité de la production de la C3 et la venue d’un nouveau véhicule propre. C’est bien la question des droits des salariés, de la bataille contre l’appel à la baisse du coût du travail rendu responsable de la crise et contre la flexibilité que nous devons mener. A ce propos, on ne peut qu’être inquiets de la déclaration de Michel Sapin à l’université du MEDEF « les entreprises aussi ont besoin de sécurité ! Aujourd’hui le droit de licenciement et ses conditions d’application ne sont pas sécurisants pour les entreprises, on ne sait pas combien de temps va durer la procédure, combien elle va coûter… » Je vous laisse apprécier !
C’est bien parce que vous êtes Président de l’Assemblée Nationale issu de notre département et que la situation est grave que notre groupe s’exprime ainsi, répondant à votre invitation à un débat franc. Si l’on veut répondre aux besoins des habitants de notre département il faut se parler franchement car nous en avons besoin mais dans la cordialité, comme vous l’avez toujours fait.
Aujourd’hui la candidature de Stéphane Troussel à la présidence du Conseil général nous est proposée par le groupe socialiste.
Nous avons rencontré Stéphane Troussel, qui est conscient des difficultés qui l’attendent du fait du contexte économique et social. Il nous a fait part de sa volonté d’un travail plus collectif.
Nous ne connaissons pas sa position sur le traité, peut être nous en dira t-il plus aujourd’hui ?
On nous a posé la question : « allez-vous présenter un candidat ? ». Nous ne confondons pas, le changement de président dans ces circonstances n’est pas la conséquence d’une campagne électorale. Nous verrons comment dans la pratique se traduit la volonté de Stéphane Troussel de travailler plus collectivement et nous en tiendrons compte.
Pour nous l’évolution du fonctionnement démocratique de la vie du Conseil général sera de donner plus de pouvoir aux citoyens et changer le rôle du conseiller général, nous comptons prendre toute notre part aux Etats généraux des collectivités locales et au projet de loi de Madame Lebranchu. C’est dans cet esprit, celui de réussir l’alternative à une politique qui a fait tant de dégâts, que nous soutiendrons la candidature de Stéphane Troussel.
Intervention de Stéphane Troussel
Monsieur le Président de l'Assemblée nationale, cher Claude, mesdames, messieurs les parlementaires, Mesdames, messieurs les vice-présidents de la région Ile-de-France, messieurs les conseillers régionaux, mesdames les conseillères régionales, mesdames, messieurs les maires, mesdames, messieurs les élus, chers collègues, mesdames, messieurs, chers amis, c'est bien sûr avec une émotion particulière que je m’exprime devant vous, vous qui m'avez fait l'honneur de me désigner comme nouveau Président du Conseil général.
Je remercie bien sûr chacune et chacun des conseillers généraux du groupe socialiste gauche citoyenne et Europe écologie des verts, ainsi que les élus du groupe communiste citoyen, front de gauche de la confiance qu’ils me témoignent en me confiant la présidence du conseil général de Seine-Saint-Denis.
Permettez-moi d'adresser mes premiers mots à notre collègue Gilbert Roger, à son épouse Christina que je remercie chaleureusement d'être parmi nous aujourd'hui et qui pourra lui transmettre ces mots pour lui dire, en votre nom, notre soutien amical et pour lui souhaiter un prompt rétablissement. Après avoir –pourquoi le cacher– craint le pire, les paroles que j'ai pu directement échanger avec Gilbert ces derniers jours et la combativité que nous lui connaissons me font espérer que nous pourrons le trouver de nouveau à nos cotés dans quelque temps.
Je salue également et souhaite la bienvenue à notre nouvelle collègue Danièle Marini qui siège désormais à la place de Pascal Popelin, nouveau député, à qui j'adresse au nom de tous mes collègues un salut amical.
Pascal a consacré au total 24 années à notre collectivité dont 18 comme élu de cette Assemblée et n’a eu de cesse d'agir pour notre département. Merci, Pascal, pour cet engagement. Nous continuerons bien entendu à travailler ensemble, mais différemment.
Je salue les élus des deux groupes de l'opposition, celui de l'UMP et celui des élus centre et des républicains, et je veux leur dire, vous dire, chers collègues, toute ma disponibilité pour trouver avec vous les moyens de vous associer au travail de la majorité, pour peu que vous le souhaitiez. Mais j'y reviendrai.
Faire de la politique, c'est d'abord choisir de s'engager. Les convictions et l'engagement politique ne sont jamais le fruit du hasard ; ils se forgent au contact des lieux que l'on fréquente, des gens que l'on rencontre. La fierté que je ressens aujourd'hui n'est pas une fierté personnelle. C'est la reconnaissance de tous ceux qui m'ont permis de devenir ce que je suis.
Mon parcours, c'est d'abord celui d'un enfant de La Courneuve, d'un gamin de la barre Ravel aujourd’hui disparue. C'est à La Courneuve que j'ai grandi, à La Courneuve que j'ai construit mes engagements, à La Courneuve où, comme élu, j’agis quotidiennement au service de l'intérêt général et des habitants, à La Courneuve où j'ai choisi de vivre avec ma famille, mes deux enfants et ma compagne. C'est là que j'ai forgé ma conviction, ai puisé l'énergie et y ai fait les rencontres qui me permettent aujourd’hui d'être là devant vous, prêt à assumer la fonction que vous venez de me confier.
Mon parcours, c'est aussi celui d'un enfant de l'école publique qui a eu la chance de trouver sur son chemin des professeurs soucieux de transmettre bien sûr la connaissance, mais aussi de former un citoyen aux valeurs de la République. Je sais combien l'école peut être un lieu où se jouent des vies entières. Le calendrier fait coïncider mon élection et la rentrée des classes. Plus qu'un clin d'œil, voyez-y ma volonté de toujours faire de l’éducation une priorité.
Mon parcours, c'est celui d'un enfant, d'une famille pour laquelle la liberté, l’égalité et la fraternité n'était pas qu'une devise et où le service public, notamment local, déjà local, n'était pas un vain mot. Tout le monde n'a pas eu la chance d'avoir des parents communistes, moi si. J'y ai gagné des valeurs de solidarité, de justice et de combativité qui irriguent l'histoire et l'âme de notre département.
Mon parcours, c'est enfin celui d'un militant associatif, puis politique qui a partagé avec des camarades des combats collectifs au nom de l'intérêt général, de l'égalité et de la justice.
Depuis les mobilisations étudiantes des années 80 jusqu'aux mandats politiques locaux, en passant par l'engagement antiraciste, j'ai toujours trouvé à mes côtés des hommes et des femmes qui m'ont donné envie de poursuivre et qui ont fait de mon engagement pour ce département une passion et un plaisir. Je veux aujourd'hui leur exprimer ma profonde gratitude. Certains sont dans la salle. Sans eux, je ne serais pas là aujourd'hui.
La Seine-Saint-Denis m'a tout donné. Je m’efforcerai de lui rendre au moins autant et j'espère plus avec une passion et une énergie toujours intactes. C'est parce que je sais précisément d'où je viens que je sais aussi très précisément où je veux aller.
Succéder à Claude Bartolone dans cette fonction de Président du Conseil général, c'est bien sûr un honneur, mais c'est aussi une exigence supplémentaire.
Depuis 2008, Claude a su impulser de grands chantiers pour notre département. Il a su faire entendre la Seine-Saint-Denis autrement que pour de mauvaises raisons. Nous avons mené avec lui des combats majeurs : budget de révolte, culture en danger, emprunts toxiques, mineurs isolés. Nous avons lancé de grandes politiques qui changent et vont encore changer le quotidien des habitants de notre département : le plan de relance des modes d'accueil pour la petite enfance, le développement des arts et de la culture au collège, le plan exceptionnel d'investissement pour les collèges qui va nous permettre et me permettre d'inaugurer 17 nouveaux établissements d'ici 2015.
Nous avons avec Claude Bartolone voulu remettre la Seine-Saint-Denis au premier plan pour combattre l'image caricaturale qu’il est si facile de lui coller quand on ne la connaît pas, pour sortir la Seine-Saint-Denis de la colonne des faits divers, pour montrer que les quartiers populaires sont une solution pour le pays tout entier et non un problème. Car c'est ici, oui, en Seine-Saint-Denis que se trouvent les ressources pour l'avenir :
Une jeunesse prête à se mobiliser pour peu qu'on lui en donne les moyens ;
Des espaces pour construire, vivre et travailler.
Il faut rebâtir entre la Seine-Saint-Denis et la République une confiance trop souvent écornée par des années d'incompréhensions réciproques. Redonner à ce département et à ses habitants leur fierté et leur dignité, c'est, certes, agir pour le présent, mais c’est aussi construire l'avenir de la Nation tout entière.
Claude Bartolone et moi nous connaissons depuis près de 20 ans quand je suis devenu jeune adhérent du parti socialiste, où j'ai découvert alors la personnalité au fort tempérament et le militant politique.
Ton histoire personnelle, Claude, et ton parcours politique sont, pour un responsable de ma génération, un exemple, une source d’inspiration. Nous avons peu à peu établi une relation de confiance et d’amitié faite d'exigences, de valeurs partagées, de combats communs et de la même passion pour ce département.
Au moment où tu quittes tes fonctions de Président du Conseil général, sois assuré, cher Claude, de ma détermination personnelle et de notre volonté collective de poursuivre l'oeuvre entreprise pour notre département.
Nous avons été élus sur un même programme, guidés par une même soif de justice et d'égalité par une préférence pour l'action plutôt que la lamentation.
Ton élection comme Président de l'Assemblée nationale sonne aussi comme une reconnaissance pour notre département et pour le travail que tu as accompli, que nous avons accompli à tes côtés. Et comme nous avons pour la Seine-Saint-Denis ce même attachement viscéral, cette même passion, je sais que tu continueras à regarder de près ce qui s’y passe. Je te dis d'ailleurs, nous comptons sur toi, merci.
Je suis membre élu de cette Assemblée départementale depuis 2004. J'y ai exercé avec constance différentes fonctions : vice-président au logement et président de l’OPH 93, président du groupe socialiste et gauche citoyenne, puis, depuis 2011, premier vice-président. Ces différentes fonctions et les actions que j'ai menées au service de notre Département m’ont préparé à assumer la mission de Président de l'Assemblée départementale que vous venez de me confier.
Aujourd'hui, je suis prêt à remplir ce rôle avec détermination et enthousiasme en y consacrant toute mon énergie. Je continuerai avec sérieux et ambition ce que nous avons commencé ensemble depuis 2008 avec mon caractère, mon style, ma propre vision des choses, mais aussi en prenant en considération l'aggravation de la crise et le contexte politique nouveau au niveau national.
Nous devrons continuer, certes, mais aussi adapter notre action à la situation présente. Et continuer, ce n'est pas imiter.
Faire de la politique, c'est aussi refuser toute forme de fatalité. C'est préférer agir plutôt que de subir.
Je prends aujourd'hui mes fonctions avec la pleine lucidité des défis qui attendent notre territoire sans optimisme naïf ni pessimisme résigné, mais avec détermination car j'ai la conviction que la Seine-Saint-Denis n'est pas un département comme les autres. Je veux un département sérieux et ambitieux, car sans sérieux, rien n'est possible et sans ambition, rien ne change.
Notre département est un territoire de contrastes. Ici plus que partout ailleurs, nous savons ce que signifient les difficultés et les inégalités, les souffrances même trop souvent. Elles ne manquent pas et il serait absurde de vouloir les nier.
C'est l’insécurité qui touche d'abord les plus faibles et qui sape l'édifice républicain dans les quartiers populaires. C’est le déficit de formation et les difficultés scolaires qui conduisent trop souvent les jeunes au chômage et à l'exclusion. Ce sont les inégalités face à la santé qui voient se créer des déserts médicaux aux portes de la capitale. Puis, c'est évidemment le trop lourd tribut que nous payons à une crise dont les victimes ne sont pas les responsables.
Cette crise mondiale et européenne, nous y sommes encore plongés et nous n’en sortirons pas du jour au lendemain. Je suis d'ailleurs extrêmement préoccupé, comme vous tous ici, par la situation de l'emploi dans le pays avec le franchissement de la barre des trois millions de chômeurs, mais aussi dans notre département très durement touché.
Il nous faudra donc à la fois répondre aux urgences sociales en accompagnant ceux qui en subissent les effets et préparer l'avenir.
Le choc terrible que subissent en ce moment les salariés de l'usine PSA d'Aulnay et leurs familles en est le symptôme le plus violent.
Je tiens à leur réaffirmer notre soutien et à les assurer que nous serons à leurs côtés dans le combat pour l'emploi et pour le maintien de l'industrie. Il n’est pas acceptable que soit privilégiée la spéculation foncière au détriment de l'emploi industriel et du développement économique.
Dès le 12 juillet, j’avais, au nom du Président du Conseil Général d’alors, indiqué qu'il nous faudrait prendre des initiatives. Je connais également la demande formulée par Gilles Garnier dans un courrier du 16 juillet à Claude Bartolone de réunir les élus de notre assemblée.
Je vous propose de traduire cette volonté commune des élus de la majorité départementale en faisant de la journée du 13 septembre une journée PSA en Seine-Saint-Denis. Je convierai à cette date tous les conseillers généraux pour une réunion exceptionnelle le matin du 13 septembre afin de débattre de cette situation dramatique et de déterminer les actions à mener par le Conseil Général en lien avec l'ensemble des collectivités et en particulier la ville d’Aulnay qui organise le soir même du 13 septembre une séance extraordinaire de son Conseil Municipal.
Je ferai à cette occasion des propositions concrètes afin de mobiliser les moyens du Département pour agir face à cette situation. Il y a là un sujet qui doit dépasser nos clivages partisans. Je souhaite que chacune et chacun dans la majorité, comme dans l’opposition, puisse prendre toute sa place et que nous nous rassemblions largement dans ce combat pour l'emploi et l'avenir industriel de notre territoire.
Contraste disais-je parce qu’ici plus que partout ailleurs, nous voyons aussi se construire la métropole de demain. La Seine-Saint-Denis est une terre d'innovation, de création économique et culturelle, d'aménagement où s'invente et se construit la ville intense et durable. Demain, elle sera plus encore au coeur du développement de la région avec le réseau de transport du Grand Paris.
Il est indispensable que la double boucle pour laquelle nous nous sommes tant battus ne reste pas à l’état de tracé mais soit prioritaire dans la réalisation du schéma de transport.
Plusieurs étapes ont déjà été franchies. Il nous faudra rester mobilisé pour que ce beau projet devienne une réalité concrète mais nul ne doute que ce Grand Paris, qu'il ne faut d’ailleurs pas réduire au transport, ne pourra pas exister sans la Seine-Saint-Denis.
Ici plus que partout ailleurs, nous avons les ferments de la France de demain. Nous avons une jeunesse qui ne demande qu’à réussir pour peu qu’on l’accompagne et qu’on lui donne la place qui lui revient. Elle est un gage de dynamisme, de créativité, d’enthousiasme. Il faut répondre à ses impatiences et à ses exigences légitimes. Comment notre pays pourrait-il s’en désintéresser sans commettre une grave erreur alors que tant de régions et de pays européens s’inquiètent de leur vieillissement !
Nous sommes un Département monde mêlant les origines, les nationalités, les couleurs de peau, les langues, les religions. Notre identité est diverse. C’est évidemment une richesse, à condition de ne pas laisser s’ériger des murs plus ou moins visibles qui enferment, qui déclassent, qui rongent à petit feu, lentement mais sûrement et qui finissent par ébranler les fondements même de notre train social républicain.
Je ferai de la lutte contre les discriminations une priorité forte de mon action. Je vous proposerai l'élaboration rapide d'un plan départemental pour l’égalité et de lutte contre toutes les formes de discrimination.
Ce n’est donc pas par hasard si les électeurs de notre Département ont exprimé plus que partout ailleurs, lors de l'élection présidentielle et des élections législatives, leur envie de changement, leur besoin de changement, leur exigence de changement. Les attentes sont trop fortes pour que nous puissions les décevoir. Les promesses républicaines ne sont pas faites pour être récitées comme des mots creux. Elles sont faites pour être tenues.
A cet égard, c'est ici en Seine-Saint-Denis que se jouera aussi la réussite de l’action menée par la nouvelle majorité autour du Président de la République et du Premier ministre.
La Seine-Saint-Denis doit être considérée comme une priorité pour le pays.
Les mesures annoncées par le Gouvernement, la priorité à l’éducation, la création des zones prioritaires de sécurité, la mise en place des emplois d'avenir pour les jeunes et du contrat de génération pour les jeunes et les seniors, le renforcement de la loi SRU et la mise à disposition de terrains pour y construire des logements accessibles devront contribuer à changer concrètement la vie des habitants de la Seine-Saint-Denis.
Face à des nombreux défis, le Conseil général prendra toute sa place. Il doit s'affirmer pleinement comme la collectivité de la justice et de l’égalité territoriale. J'entends parfois parler de la Seine-Saint-Denis comme d’un laboratoire. Autant vous dire que je n'aime pas beaucoup cette image, les habitants de la Seine-Saint-Denis ne sont pas des cobayes sur lesquels on testerait tel ou tel dispositif. En revanche, je crois en notre propre créativité, en notre intelligence collective, en notre capacité à inventer nous-mêmes les solutions qui améliorent les conditions de vie des habitants et qui préparent l'avenir sans tout attendre de l’extérieur.
Cette volonté de nous saisir à pleine main de notre propre destin, voilà ce qui doit guider l’action de notre collectivité. Ce sera le fil conducteur de mon action et celle de l'équipe que je vais animer.
Notre collectivité a su être innovante à de nombreuses reprises. Elle l’est quand elle imagine le collège de demain, plus ouvert, plus agréable, plus adapté aux besoins des élèves. Elle l’est quand elle lutte contre l’exclusion scolaire. Elle l’est quand elle développe une action culturelle reconnue de longue date et quand elle fait massivement entrer la culture dans les collèges. Elle l’est quand elle lutte contre le sexisme et les violences faites aux femmes. Elle l’est quand elle fait de l’écologie urbaine une de ses marques de fabrique.
D'ailleurs, j'en profite pour prévenir nos amis nouveaux ministres adeptes des visites en Seine-Saint-Denis. J’entends bien que ces visites ministérielles ne soient pas destinées seulement à mettre en valeur le ou la ministre mais surtout qu’elles mettent en valeur cette Seine-Saint-Denis qui crée, qui innove et que ces visites nous permettent d’étendre, de généraliser des dispositifs ou des actions réussies.
Innovant, nous devons continuer à l’être mais si je me réjouis de l’abandon de la réforme territoriale voulue par la droite qui caricaturait l’action des collectivités et n'avait comme seule ambition que l'affaiblissement des services publics locaux, c’est parce que je crois fermement à l’utilité du Conseil Général comme un maillon essentiel de la cohésion sociale et de l’égalité des territoires.
Le Président de la République a souhaité ouvrir une nouvelle étape de la décentralisation et renouer un nouveau pacte de confiance avec les collectivités locales. Je souscris pleinement à cette ambition salutaire tant la relation entre l’Etat et les collectivités locales a été dégradée par l’action du précédent gouvernement au détriment de leur rôle au service des populations de leur territoire.
Dans cet acte III de la décentralisation, c’est à nous d'inventer le Conseil Général de demain. Je veux que nous nous saisissions collectivement de cette occasion pour imaginer ce que doit être demain notre collectivité. Qui le fera sinon nous ! Rien ne serait pire que d’attendre passivement de l’Etat des solutions miracles.
Mais disons-le clairement, rien ne sera possible si les règles du jeu des relations notamment financières entre l'Etat et les départements ne sont pas revues en profondeur. On ne peut pas demander au département d'agir en matière d'insertion, de solidarité, d’éducation, d’aménagement du territoire sans lui donner les moyens d’accomplir ses missions de service public et d'investir pour le territoire.
Je continuerai avec la plus grande détermination le combat que nous menons pour obtenir enfin des moyens à la hauteur des enjeux que nous avons à affronter. Il ne s'agit pas de quémander mais simplement de rétablir les conditions d'une véritable justice territoriale.
La situation budgétaire de notre collectivité devient chaque année un peu plus difficile. Il faut casser l’asphyxie structurelle à laquelle nous condamne irrémédiablement le système actuel malgré tout le sérieux que nous mettons dans notre gestion de l'argent public et dans l’assainissement des finances départementales.
Sur cette question fondamentale, cruciale, la Seine-Saint-Denis ne se taira pas et j’entends demain comme hier être son porte-voix y compris auprès de mes amis politiques. C’est le message que je porterai dès la fin de ce mois en votre nom à tous à l’occasion du Congrès de l’Assemblée des Départements de France.
Si le Conseil Général ne devait être progressivement réduit qu’à un guichet déconcentré de distribution des aides sociales alors disons-le : pourquoi s’encombrer des élus et de la démocratie locale ?
Je suis lucide sur l'état des finances publiques laissées au Gouvernement actuel après dix années de dérives et de facilités accordées aux plus favorisés, il ne s’agit pas de se contenter de réclamer indéfiniment un solde du passé, mais je veux obtenir des garanties pour l’avenir. Le financement de la solidarité nationale ne peut pas être garantit uniquement par des ressources locales. Comment comprendre et accepter que le RSA, l’APA ou l’APCA destinées aux personnes les plus en difficulté soient payées par celles qui le sont un peu moins ! Il faut retrouver une plus grande part du financement national de ce qui relève de la solidarité nationale.
Cela signifie aussi que les départements doivent retrouver une plus grande autonomie fiscale leur permettant d'investir et de faire de véritables choix d'actions publiques. On ne peut pas avoir de politiques d’investissement sans une part suffisante de ressources maîtrisées et pérennes.
Enfin, au sein de notre région, l’une des plus riches d'Europe, la répartition des ressources doit être revue en fonction des besoins, de la réalité des dépenses et du potentiel fiscal. Je souhaite que des solutions de péréquation significatives soient trouvées au sein de l’Ile-de-France pour en finir avec cette situation insupportable qui voit coexister au sein de la région plus riche d'Europe des concentrations de richesses et des îlots de relégation.
Je reprends entièrement à mon compte la formule du candidat François Hollande et je dis au désormais Président de la République puisque Neuilly doit payer pour Bobigny, les Hauts-de-Seine devront aussi payer pour la Seine-Saint-Denis !
Il ne saurait y avoir de justice sociale sans justice territoriale. Et le Département, j'en suis convaincu, est une échelle pertinente d’actions.
Bien sûr, nous aurons nous-mêmes à regarder sans tabou nos propres politiques. Il nous faudra à l’évidence redéfinir certaines de nos priorités pour accroître notre efficacité sur ce qui est au cœur de nos préoccupations et de nos compétences. C’est pourquoi l'adoption à l’issu d’un débat que je veux le plus large possible de notre quatre projets stratégiques : projet éducatif départemental, le projet social départemental, le projet d'écologie urbaine, le projet d’aménagement et de développement métropolitain, sera l’occasion de réaffirmer et de redéfinir les priorités de notre projet départemental.
Plus que jamais nous nous devons de faire la preuve par l’action de notre utilité. Il nous faudra également poursuivre les efforts entrepris pour trouver en notre sein les ressources complémentaires alors même, je l'ai dit, que la situation budgétaire du Département reste préoccupante et c’est là aussi le prix de notre crédibilité.
Dans les prochaines semaines, je profiterai de la grande concertation lancée par le Président du Sénat, Jean-Pierre Bel, et des échanges ouverts dans le cadre de l’élaboration de l’acte III de la décentralisation pour initier à l'échelle de notre territoire un débat sur la place et le rôle du Conseil Général dans cette démocratie locale renouvelée.
Je proposerai dans un souci d’ouverture à toutes les composantes de notre assemblée départementale d'organiser à mes côtés cette mobilisation autour des trois thématiques que sont : nos moyens d’actions, nos compétences et notre fonctionnement démocratique.
Faire de la politique enfin c’est croire en l'action collective. J’ai toujours été convaincu que l'on ne réussit pas les grands projets en solitaire. Comme Président du Conseil Général, j’aurai à cœur de mobiliser toutes les énergies prêtes à agir au service de notre territoire.
Les membres de notre assemblée départementale d’abord, vous toutes et vous tous qui êtes présents cet après-midi, présider le Conseil Général ne veut pas dire décider tout seul. Cela veut dire faire vivre au quotidien dans toutes nos instances la collégialité et le débat démocratique.
Cela veut dire animer une équipe en chef d’orchestre. Pour réussir une harmonie, il ne suffit pas de jouer fort, il faut jouer juste. Au-delà des différences politiques que nous avons, je sais que nous sommes tous attachés à la réussite de notre Département. Je sais que je pourrais m'appuyer sur un exécutif d’une grande qualité et sur des élus d'expérience.
Cette assemblée doit aussi être un lieu d'ouverture et de débats, surtout si les critiques se veulent constructives. Je le dis tant à mes collègues de la majorité dans sa diversité que de l’opposition.
Je proposerai aux Présidents de groupes de la majorité comme de l’opposition que se réunisse rapidement un groupe de travail afin de réfléchir à ce que pourraient être ces modalités renouvelées de notre fonctionnement. Les forces vices de notre territoire ensuite et je sais qu’elles sont nombreuses, les communes, les agglomérations, les associations, les citoyens engagés, les organisations professionnelles, toutes celles et tous ceux qui ont la Seine-Saint-Denis au cœur.
Je crois à la société mobilisée. Comme Président du Conseil Général, je me tiendrai à leurs côtés et donnerai la possibilité à tous les acteurs du Département qui le veulent d'agir concrètement pour être des acteurs du changement et construire l'avenir.
Aux agents des services départementaux, je veux enfin leur rendre un hommage appuyé, les remercier tout particulièrement et leur témoigner toute ma confiance.
Depuis que je siège et que j’exerce des responsabilités au Conseil général, y compris quand j'ai eu à présider les instances paritaires de notre collectivité, j'ai pu mesurer à de nombreuses occasions leurs compétences, leur dévouement, leur souci de contribuer à l'amélioration du quotidien, dans des conditions parfois extrêmement difficiles. Je sais que sans eux, sans leur mobilisation, sans leur énergie quotidiennement déployée au service des habitants de notre territoire, rien ne sera possible. Ils sont l'âme des services publics locaux qui oeuvrent sur le terrain pour maintenir la cohésion sociale et territoriale qui guide notre action. Obtenir une meilleure répartition des ressources, c’est aussi pouvoir donner au personnel du département, les moyens d'assurer leur mission dans de bonnes conditions et leur permettre ainsi d'être encore plus utiles pour les habitants de la Seine-Saint-Denis.
Mesdames, Messieurs, j'en arrive au terme de mon propos. La Seine-Saint-Denis ne se plaint pas ! Nous avons seulement une exigence : l’égalité républicaine, et une détermination : faire reconnaître ce que la Seine-Saint-Denis apporte d'ores et déjà au pays tout entier.
Lorsque la Seine-Saint-Denis et ses habitants sont fragilisés, c'est le pays tout entier qui s'affaiblit. Quand les bus ne démarrent pas à Clichy-sous-Bois, c'est La Défense qui est en retard.
Je veux démontrer que lorsqu'on ne permet pas à la Seine-Saint-Denis de déployer toute sa force, ce n’est pas seulement une faute morale envers ses habitants, c'est la métropole francilienne, le pays tout entier qui se prive de capacités de redressement collectif car j’ai la conviction que c'est ici que cela se passe pour l’ensemble du pays, que c'est ici que ce cela ce joue pour l’avenir de la République.
C’est cette exigence et cette détermination que je veux vous faire partager. C’est ce à quoi collectivement je nous engage et je nous souhaite de contribuer tous ensemble.