Le budget du Conseil général a été voté
le jeudi 21 mars 2013
8 élu-es de mon groupe ont voté contre, 4 ont voté pour. Je me suis abstenu.
Cette dispersion de votre créée une situation inédite. Elle reflète les enjeux et les diversités qui traversent le Front de Gauche sur la stratégie à adopter vis à vis du PS. Au sein du groupe le respect des positions diverses a traversé les interventions et l'accord est unanime sur le caractère "austéritaire" de ce budget. Vous pourrez prendre connaissance des diverses interventions pendant la séance en consultant le blog du groupe au Conseil général, cliquez ici.
Voici mon explication de vote.
Monsieur le président, mes chers collègues, l'heure est à une forme de repositionnement et celles et ceux que je connais qui sont dans cette salle savent que je n'ai ni l'âme d'un dissident ni celle d'un suiviste. Plusieurs raisons m'amènent à ne pas suivre le vote proposé soit par mon ami et collègue Pierre Laporte, soit par mon ami et collègue Hervé Bramy.
Je vais m'abstenir sur ce budget pour deux raisons essentielles. La première est que je ne peux pas, comme tous les collègues de mon groupe, considérer être satisfait, malgré les efforts de Stéphane Troussel, de la majorité départementale, qui nous ont fait, dans un bras de fer difficile, gagner 70 M€ environs, (mais ceci ne suffit pas à faire notre bonheur ni celui de la population que nous avons les uns et les autres la charge de représenter).
Nous sommes tous en attente de réformes structurelles sur nos compétences et sur la fiscalité locale. Il nous faut être gardien de la compétence générale et nous devons remettre un lien entre l'entreprise et le territoire sous forme d'une fiscalité. Comme cela a été dit par de nombreux orateurs et oratrices, il faut que l'on obtienne le retour du RSA, de l'APA, de la PCH dans le giron de l'Etat.
Cependant, le contexte pour les collectivités locales ces derniers mois et semaines a été sous les auspices des annonces paradoxales : pacte de confiance, volonté de dialogue d'un côté et annonce que les collectivités locales participeront à l'effort comme cela nous a été dit, et l'effort de 1,5 M€ pour les deux années à venir, voire dans une ponction qui pourrait continuer.
Personnellement, je ne pense pas que ces types d’annonces contradictoires puissent stabiliser les relations que nous devons avoir avec notre interlocuteur qu'est l'Etat.
Pour l’instant, Stéphane Troussel, je veux croire qu'il y aura ces changements structurels. Le récent conclave m'amène à espérer, comme Saint-Thomas, que je pourrais voir ce que je vais croire, mais pour l’instant, j'ai quelques doutes.
Dans le même temps, je ne veux et ne peux me résoudre à voter contre car je n'ai eu de cesse depuis que je suis élu, de nous convaincre qu'il y avait d'autres voies pour aller vers le changement et que je privilégiais celles qui passent par un dialogue permanent.
La seconde raison est plus personnelle. J'ai eu le mandat, avec Pierre Laporte, le Président de notre groupe, de négocier pour arriver à un accord. Des lignes ont bougé. Des signes importants ont été donnés. Pas suffisants pour nous tous, quel que soit notre vote, mais je sais ce qu'est être Président de groupe. Je le dis pour Emmanuel qui vient d’être élu, mais aussi pour Pierre et tous ceux qui l’ont été, c'est un point d'équilibre politique et personnel compliqué, dans lequel il faut beaucoup écouter, mais parfois trancher au centre d’individus engagés, dont je respecte l’engagement, mais qui sont aussi des personnalités parfois difficiles à gérer.
Je comprends que l'on ne puisse pas rester très longtemps ou trop longtemps Président de groupe parce car cela engendre de la fatigue et consomme le moral. Cela a été mon cas.
Je plaidais, à l'intérieur de mon groupe, suite aux différentes négociations et au point où nous étions arrivés, pour une abstention massive afin de vous faire entendre qu'il y a une voix différente à gauche. Mais, c'est vrai, sans mettre en danger le vote du budget même si j'entends bien que ce n'était pas un danger définitif. Je sais moi aussi, pour l'avoir vécu au plan municipal, qu'il est possible de ne pas voter un budget et de le renégocier. Ce n’est donc pas cela qui m'anime.
Je n'ai pas réussi à convaincre mes collègues et je le vis comme un échec personnel. Je le regrette, mais je me suis battu pendant quatre ans pour faire que mon groupe et ma famille redeviennent mon groupe et ma famille. J'y étais parvenu. Je ne désespère pas d’y concourir encore.
J'entends les arguments de Pierre et de Hervé, les comprends et les respecte. Il eût été possible pour moi de voter comme eux, mais je ne voulais pas laisser me laisser emporter par un certain nombre de débats internes à ma famille politique, au sens large maintenant dans ce front de gauche que je soutiens au sein de cette assemblée.
Je m’abstiendrai donc et je continuerai de faire comme je l'ai fait tout au long de mon engagement politique, c’est-à-dire être un pont entre des tendances qui peuvent être parfois distendues car je sais que chacune et chacun des membres de mon groupe, quel que soit le vote qu'il va exprimer, est animé d'un seul et même espoir : la possibilité de construire une autre politique à gauche, tant au plan national qu'au plan départemental. En espérant que ces trois chemins différents que nous empruntons aujourd'hui, même s'ils ne nous mènent pas forcément à Rome, nous amèneront tout de même à garder le sens de l'unité de notre combat.
Cordialement: Gilles Garnier