Eklablog Tous les blogs Top blogs Politique Tous les blogs Politique
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Publicité

Bonjour

 

 

2 morts qui ont bouleversé

ma vie

Il y a quelques jours j’ai appris le décès de Iouri Lioubimov, un immense metteur en scène de théâtre. La première fois que j’ai vu ses spectacles c’était à Paris, en 1977. Le théâtre de Chaillot avait hébergé plusieurs spectacles du théâtre de la Taganka à Moscou : "Hamlet et 10 jours qui ébranlèrent le monde".

       

Dans Hamlet j’ai vu, pour la première fois de ma vie, Vladimir Vyssotski le barde de la chanson soviétique et le mari de Marina Vlady. C’était un Hamlet de force, de cris et de volonté, tout différent de celui qu’Antoine Vitez me permettrait d’apprécier dans un tout autre registre.

Richard Fontana à l’inverse de Vyssotsky  ferait un Hamlet fragile et souffreteux, tout aussi génial que celui de Lioubimov. Le texte était en russe avec des surtitres. J’avais commencé à étudier cette langue depuis 3 ans et pour être honnête je ne comprenais rien. Mais notre professeure de russe, madame Christiane Dommergues, avait su nous donner le goût non seulement de la langue mais de la culture. Nous étions toute la classe de terminale A2 du lycée Stéphane Mallarmé, dans cette superbe salle de Chaillot. Dès l’entrée du spectacle des "10 jours", nous étions accueillis pas des Bolcheviks qui embrochaient nos billets sur leurs baïonnettes.  Quelques années plus tard, au beau milieu des Olympiades de Moscou en 1980, Vyssotski disparaissait et nous étions des dizaines de milliers à lui rendre hommage sur la scène du théâtre de la Tagankaou son corps était exposé. La presse en avait peu parlé et c’est le bouche à oreille qui avait fait le reste. Lioubimov perdait son acteur fétiche. Et trois ans plus tard, il s’installait à Londres. Revenu au moment de la perestroïka, il continua à faire de son théâtre un havre d’intransigeance et d’intégrité. Mais les temps avaient changé, la consommation de produits standardisés occidentaux allaient prendre le pas sur le "made in USSR", fusse t’il sulfureux.

Avec Charles Dobzinskic’est un grand poète qui nous a quitté. Il était le dernier grand connaisseur de la langue Yiddish en France. Traducteur, il était l’auteur d’une anthologie de la poésie Yiddish mondiale. Je ne peux qu’être ému devant cet homme qui avait décidé que cette belle langue parlée avant-guerre par des millions de juifs d’Europe centrale ne devait pas disparaître. Il était le dernier passeur avec le continent disparu du yiddishland. Ce sont ses traductions de Mikhoels ou de nombreux écrivains yiddish soviétiques qui m’ont appris à le connaitre, je n’ai connu ses œuvres personnelles que bien après. Un îlot de l’archipel perdu du Yiddishland vient de disparaître mais cette langue truculente et inventive ne disparaitra pas. Elle est consubstantielle de la vie et la mort de ces millions de juifs de Moscou à Berlin en passant par Varsovie, Prague et Bucarest. Cette langue me manque. Même si je ne la comprends pas elle chante à mes oreilles. À Moscou, quand j’étais étudiant, j’achetais le "Birobidjaner Stern" seul quotidien publié en Yiddish. Je l’ouvrais ostensiblement dans le métro dussai- je contrarier un antisémitisme latent qui malheureusement n’a pas disparu dans la nouvelle Russie voire s’est même aggravé.

Cordialement: Gilles Garnier

Publicité
Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
C
Bonjour, je suis le neveu de Christiane Dommergues et je vous remercie du très gentil commentaire à son sujet. Je suis a sa recherche depuis qu'elle s'est séparée de mon oncle (dans les années 80) et que toute la famille me dit ne plus avoir de ses nouvelles. Si vous pouviez me donner des informations pour la retrouver vous seriez adorable. Christophe Gaudy
Répondre