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Bonjour

 

 

Le bateau ivre.

Un parti sans idéologie, sans projet de société, oui, est un parti mort.

J’ai lu avec beaucoup d’attention l’interview parue ce jour dans le Nouvel Obs de Manuel Valls. On peut reprocher beaucoup de choses à Manuel Valls sauf de ne pas être constant. La thèse qu’il défend aujourd’hui d’un changement de nom, mais surtout de corpus idéologique du Parti Socialiste il la défendait pendant la primaire. Cette thèse a fait 5%. Désormais arrivé au sommet de l’Etat (ou presque) il tente un coup de force. Les thèses défendues par le gouvernement doivent devenir les thèses du parti. C’est une inversion historique majeure. Jamais dans l’histoire de la gauche le gouvernement n’a donné le la au Parti. C’est au parti de donner la partition qui doit servir de base à une politique gouvernementale. Mais quand on a perdu dans les urnes, ce qui fut le cas de Manuel Valls, on tente de passer par la périphérie pour gagner le centre. Manifestement il a réussi, en partie. La résignation ou la peur gagnent une partie des militants socialistes au renoncement.  

Il confirme, sans mettre un mot sur le concept, qu’il défend la thèse d’un Parti Démocrate qui regrouperait différentes sensibilités socialistes, écologistes, radicales et centristes. Ces partis, sans colonne vertébrale idéologique, ont existé par le passé. C’était le Parti Radical de la 3ème et de la 4ème république. C’est le cas actuellement du Parti Démocrate italien. Mais si, comme il le dit, l’erreur n’a pas été d’ouvrir la majorité et le gouvernement au Modem en 2012, il me semble que c’est bien tard. Le centre n’a aujourd’hui aucun intérêt à être la roue de secours d’un gouvernement qui va à la dérive et qui n’a plus le soutien populaire. Quel centriste peut voir son élection assurée en s’accrochant au wagon d’une force politique décrédibilisée. 

Le reproche que l’on peut faire à Manuel Valls n’est pas sur ces convictions, il en a, ce ne sont pas les miennes, ce ne sont pas celles d’un homme de gauche soit. Mais ce n’est ni sur ce programme des primaires, ni sur ce programme aux présidentielles que François Hollande a été élu. Ce qui décrédibilise la politique ce n’est pas d’avoir des convictions fussent elles plus démocrates que socialistes, c’est le mensonge et le divorce entre ce qui a été dit avant et ce que l’on fait après une élection. Faire campagne à gauche pour mener une politique de droite, ne peut que déplaire au peuple de gauche qui a élu le Président de la République.

 

L’autre phénomène aggravant est aussi que François Hollande s’est rendu sans combattre. Historiquement la  social démocratie est connue pour ses compromis avec le capital. Mais parallèlement elle a toujours tenté d’en aménager les aspects les plus injustes. Sans s’attaquer aux racines du système, elle tentait de donner le change en portant des lois qui étaient à mettre au corpus du progrès social : les 35 heures, les droits des salariés à l’entreprise, la retraite à 60 ans etc etc. Désormais le discours n’est plus : le mur de l’argent, les forces occultes sont les plus fortes et nous devons nous résoudre à ne pas changer ou à leur donner des gages. Mais bien faisons du capital notre allié. C’est un tout autre point de vue et si la gauche a réussi à traverser le 19ème et le 20ème siècle c’est que malgré les vicissitudes et les compromissions elle gardait au fonds de l’âtre la braise de l’espoir qui ne demandait à chaque fois qu’à se renflammer. 

Le discours de Valls est tout autre. Non seulement il a capitulé, mais il l’assume et il fait même de cette capitulation le cœur idéologique de la future formation qu’il envisage.  

J’appelle, j’exhorte mes amis et camarades socialistes de mettre un frein à cette dérive. L’adaptation au monde dont nous parle le Premier Ministre est un renoncement dont les conséquences peuvent être cataclysmiques. Qu’il veuille tuer le Parti socialiste, je fais encore confiance à certains pour ne pas se laisser faire. Mais, par ce biais, il veut casser la gauche et surtout enterrer toute forme d’espoir pour celles et ceux qui ont besoin du changement. Il a dénaturé le mot de réforme, les mots de progrès ceux-ci sont désormais associés à des reculs, ce qui n’est jamais arrivé, avec cette ampleur, dans la gauche française. C’est un moment historique. Le Parti Communiste, mon parti, le Front de Gauche se doivent de reprendre le drapeau que certains, dont Manuel Valls,  ont laissé tomber dans la fange. La Gauche n’est pas morte si elle sait reprendre le chemin qu’elle n’aurait jamais du quitter, celui du changement profond, radical d’une société si injuste qu’elle devient inhumaine. Répartir le pouvoir, les richesses, les savoirs voilà ce qui doit nous habiter, nous obséder. L’histoire se répète disait Marx, mais je crains cette fois ci que la pente risque d’être dure à remonter. Le peuple n’a rien à gagner du retour de la droite ou de l’arrivée de l’extrême droite, il sera en première ligne des souffrances que ces politiques, si elles gagnent, vont engendrer. Rt il faudra à certains reprendre le baluchon de la reconstruction non pas à partir du socle de l’après guerre, mais sur le champ de ruine social, politique et idéologique dans lequel ce gouvernement aura laissé la France.

Le peuple de ce pays ne peut avoir de choix qu’entre un centre gauche mou, une droite dure et une extrême droite très dure. Il y a eu dans l’histoire des leaders socialistes qui sont morts les armes à la main pour défendre un idéal. Je remarque qu’entre Allende et Schroeder le Premier Ministre a choisi qui il mettait à son Panthéon. 

Et si en bout de course, en 2017, certains n’ont comme slogan "au secours la droite revient", "l’extrême droite est à nos portes", qu’ils se posent la question de leur responsabilité. Ce n’est pas la droite qui va gagner c’est le Parti Socialiste qui va perdre. Car selon le vieil adage, les français ne se trompent pas, ils préfèreront toujours l’original à la copie. Et si par opportunisme et profitant de la désespérance que distille le gouvernement, le MEDEF se félicite des décisions prises, mais il ne sera jamais un soutien du futur Parti Démocrate. Quand à l’extrême droite moins elle parle plus elle gagne. Et si le seul appel en 2017 est : "barrage au Front National", que Manuel Valls se pose quotidiennement la question qu’ai-je fait pour empêcher que leurs idées progressent ? Et puisqu’il cite Gramsci qu’il l’applique. Gramsci n’a jamais repris à son compte des thèses de droite pour se faire comprendre du peuple. Les renoncements de la gauche ont toujours amené ensuite une victoire de la droite et d’une droite encore plus à droite. Après le Front Populaire, Vichy et après le Front Républicain de 56, De Gaulle. Plus près de nous en 1993, le groupe socialiste à l’assemblée nationale a perdu 200 de ses 250 députés. 

 

 Ah si les français revisitaient leur histoire.

 

Cordialement: Gilles Garnier

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