La mort de guy Carcassonne.
J'apprends aujourd'hui par la presse le décès, à Saint Petersburg, de Guy Carcassonne à l'âge de 62 ans. Ce professeur de droit constitutionnel, socialiste, rocardien avait été mon chargé de travaux dirigés à la fac de droit à Nanterre en 1979.
C'était un grand professeur, un homme d'une remarquable intelligence et d'une grande honnêteté. Je me souviens avoir été le seul à vouloir exposer sur un sujet "casse gueule" à cette époque ,(on était en pleine offensive de la nouvelle philosophie Levy, Gluksmann, Jambet, Lardreau... qui tenaient le haut du pavé "intellectuel"...), "la constitution soviétique est elle socialiste?". J'avais terminé mon propos par l'affirmative. Devant la raillerie de mes camarades de TD, il était intervenu pour dire que j'avais raison sur le fonds du droit et que la question n'était en rien sur l'application de cette constitution. Il m'avait octroyé une excellente note. Je l'ai à nouveau croisé entre 1990 et 1991 lorsqu'il était conseiller parlementaire de Michel Rocard alors premier ministre. Je travaillais alors comme assistant parlementaire de Roger Gouhier. Lui rappelant un jour, dans les couloirs du Palais Bourbon cette anecdote de mon exposé à Nanterre Paris X, il m'a avoué ne pas s'en souvenir mais a aussitôt ajouté: "En vous voyant ici , je vois que je ne vous ai pas trop mal formé." Je tiens à vous remercier Monsieur Carcassonne pour votre enseignement dont il me reste beaucoup. En particulier qu'il ne faut jamais confondre les intentions du constitutionnaliste avec la mise en pratique du texte. Une bonne constitution disiez vous est une constitution qui n'entre pas dans le champ de l'économie mais qui n'est qu'une bonne règle de répartition des pouvoirs. J'ai gardé cette règle en tête y compris quand j'en parle avec mes amis et camarades communistes. Je dois vous avouer que j'ai largement abusé de cette maxime au cours des différents débats auxquels j'ai participé pendant la campagne du référendum sur le Traité Constitutionnel de 2005. Nous n'étions pas, ces jours là, du même côté de la barrière mais je tiens à vous dire, post mortem, combien je vous respecte.
Cordialement: Gilles Garnier